Depuis 14 ans, Jean-François Cousin est un coach professionnel ayant accompagné plus de 1000 managers de divers secteurs dans leur processus de coaching. Avec plus de 12 000 heures de coaching, il est également certifié Master Coach par l’ICF, plus haute distinction de l’organisation. Cet ancien executive international est spécialisé dans le développement du leadership et du potentiel des grands leaders, comités de direction et décisionnaires. Ayant occupé plusieurs postes à haute responsabilité en Europe et en Asie, sa carrière au sein du groupe Lafarge lui a permis d’acquérir une connaissance pratique des challenges et des doutes que peuvent avoir les hauts dirigeants au sein de leur société. Egalement auteur et conférencier, Jean-François est actif au sein de l’ICF Global à titre volontaire où il a été élu à la fonction de président en 2019. Son rôle en tant que président est bien sûr d’aider à définir les axes de travail de l’organisation, à développer les formations et l’accès au contenu pour les coachs ainsi que de promouvoir le coaching auprès du grand public. Il partage avec nous sa vision du coaching et son expérience en tant que coach.
(Cet entretien ci-dessous a été traduit de l’anglais)

CoachHub : Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?
Jean-François Cousin : Je suis coach professionnel depuis 2006, certifié Master coach par L’ICF. Avant cela, après une formation d’ingénieur à l’Ecole Centrale de Paris, j’ai occupé plusieurs postes de dirigeant au sein du groupe Lafarge en Europe et en Asie. J’ai ainsi appris à diriger des équipes et été confronté à de multiples challenges, comme tout dirigeant. Mon expérience en tant que leader m’aide à cerner les attentes de mes clients et à leur apporter l’écoute qui les aide. Je suis membre du comité de direction de l’ICF Global depuis trois ans, et en étais le président en 2019. Notre mission est de servir notre communauté de coachs issus du monde entier, de porter la profession vers le haut et de faciliter l’accès au coaching. 

CoachHub : Pourquoi et comment êtes-vous devenu coach ?
Jean-François Cousin : J’ai pris la décision de devenir coach il y a un peu plus de 14 ans alors que j’étais dirigeant au sein du groupe Lafarge. Devenir coach a été pour moi une évidence. Dans ma carrière, il m’a toujours été important de soutenir mes équipes et de les aider à se développer. Je voulais aussi contribuer à rendre notre monde meilleur. J’ai donc entrepris une formation dans le coaching. Il y a 14 ans, le coaching était en vogue aux Etats-Unis, bien établi en Europe, mais pas encore en Asie ou j’avais beaucoup de contacts à la suite de plus de 8 ans de carrière dans ce continent. Aussi, je suis revenu en Thaïlande où j’ai pu lancer mon activité et commencé à coacher mes premiers clients. 

CoachHub : Pouvez-vous nous décrire une séance de coaching en temps de crise avec vous ?
Jean-François Cousin : Avant chaque session, j’ai besoin d’être centré pour pouvoir rentrer dans ma posture de coach. Beaucoup de mes clients arrivent en coaching avec des montagnes de sujets à aborder, surtout en temps de crise. Bien souvent, ils sont encore dans leur rôle de manager, parlent vite, ont du mal à se poser. Ils ne savent pas souvent ce qu’ils cherchent vraiment à éclaircir. Je les aide donc à se recentrer, à prendre conscience du moment présent, à respirer et à prendre leur temps pour s’exprimer. Avec le client, nous allons ensuite chercher à extraire l’or du minerai, c’est-à-dire à comprendre ce qui est le plus important. Puis on va aller creuser dans le fort intérieur du client pour discerner la sagesse et le savoir qui s’y trouvent de même que les peurs, les doutes et les questionnements. Le coach est humblement au côté du client pour les soutenir dans ce travail d’exploration et pour les challenger, même dans les situations les plus délicates. C’est d’ailleurs ce que nous sommes censés faire en tant que coach : challenger notre client avec cette conviction qu’il est suffisamment créatif et motivé pour affronter tous ses challenges et les dépasser par lui-même. Bien entendu, nous offrons toute notre bienveillance. C’est souvent dans ces moments de challenge que le vrai potentiel du coaché apparaît à la surface. Le client se rend alors compte de toutes les ressources qu’il a au fond de lui, de sa maturité, de sa grandeur, ce qu’il n’imaginait même pas posséder quelques séances auparavant. Je trouve cela très gratifiant pour le client et pour le coach. 

CoachHub : Pourriez-vous nous parler de l’ICF ? Quel est son rôle ?
Jean-François Cousin : Notre mission est de développer la profession de coach à travers le monde en définissant des normes de formations de hauts standards, en fournissant une certification indépendante et en créant un réseau mondial de professionnels du coaching. Nous avons également pour mission d’apporter notre soutien à notre communauté de coachs par divers biais comme le mentorat, des programmes de training, des certifications, des événements et des congrès. Notre fondation ICF permet, elle, de donner accès au coaching à des personnes qui n’auraient pas les moyens de pouvoir se l’offrir. Le but premier de l’ICF est de contribuer à un monde meilleur en éveillant chacun à son propre potentiel. Et je crois que c’est aussi la motivation de chaque coach et l’essence même de la profession. Pour être coach, il faut se faire humble et vouloir aider ses coachés à prendre conscience de leurs atouts et de leur potentiel dans la bienveillance. Ce sont ces valeurs d’humilité, d’entraide, de partage que nous faisons rayonner au sein de l’ICF. Nous avons une fabuleuse communauté, très active, qui regroupe des coachs exceptionnels et de toutes les nationalités.  

CoachHub : Quel types de profils coachez-vous ?
Jean-François Cousin : Aujourd’hui, je coache principalement des hauts dirigeants, des managing directors, des leaders, des présidents de comité de direction, des fondateurs d’entreprises, des CEOS de start-ups. De plus en plus de créateurs de start-up font appel à mes services, et ils m’inspirent énormément. Je suis spécialisé en développement du leadership et bien souvent, mes clients ont des problématiques liées à la prise de décision dans leur organisation. Pour pouvoir prendre des décisions, il faut savoir faire le calme à l’intérieur de soi, évaluer la situation et déterminer plusieurs scénarios possibles. Mon rôle est d’aider ces dirigeants à se mettre en pause le temps de la séance et à les accompagner dans ce processus de décision. Le coach ne donne jamais son avis ou ses solutions, il accompagne uniquement le coaché dans son processus d’évaluation des possibilités. Seul le coaché peut trouver les meilleures solutions pour sa situation. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde complexe qui évolue très rapidement, parfois même brutalement. Les entreprises sont confrontées à des pertes de revenus, des licenciements, des fermetures, des retards de paiements… Le futur est de plus en plus incertain. Les hauts dirigeants sont souvent amenés à prendre des décisions tout aussi rapidement que la situation évolue. Elles sont parfois difficiles à prendre. Les aider à envisager toutes les issues possibles fait partie de mon travail. Récemment, l’un de mes clients a dû procéder à la restructuration de son entreprise. Aucun des scénarios qu’il envisageait n’était idéal. Pouvoir l’accompagner avec bienveillance et sérénité dans ce moment a été une expérience particulièrement riche. 

CoachHub : Vous avez d’ailleurs récemment publié un article donnant vos conseils pour devenir un bon leader de temps crise. Pouvez-vous nous les partager à nouveau ici ?
Jean-François Cousin : Tout à fait, il s’agit d’un article que j’ai publié sur mon profil Linkedin. J’aborde les divers points que je trouve essentiels afin de se prémunir des effets nocifs de la crise pour son organisation et ses équipes et ainsi éviter une démotivation fatale. Pour réduire les effets nocifs de la crise, je préconise de donner de l’autonomie à ses salariés afin de voir jusqu’où ils sont capables d’aller par eux-mêmes sans s’épuiser. Cela permet de responsabiliser les salariés. Il est également important de nourrir un état d’esprit de vainqueur, de laisser tomber les enjeux personnels pour le collectif et de faire en sorte que les équipes se sentent soudées et prêtes à relever les défis ensemble. Ainsi, les collaborateurs se sentiront soutenus et motivés. Il est aussi primordial de favoriser la diversité car elle aide à trouver des solutions innovantes aux problèmes engendrés par la crise. Traiter un nouvel obstacle avec des processus anciens ne permet pas d’être innovant, qualité déterminante pour faire face à ses concurrents aujourd’hui. La diversité favorise la créativité qui est un élément indispensable pour survivre à la crise. Je préconise aussi de valoriser le courage et les prises d’initiative. Les échecs font partie de la vie d’entreprise et l’on en apprend beaucoup sur soi et les autres dans des moments de challenges. Mettre en place une culture de valorisation du courage aide les employés à prendre des risques. Un autre conseil : permettre les conflits productifs ! Les consensus ne permettent pas toujours d’avancer suffisamment vite en temps en de crise. Il faut pouvoir être sûrs que l’on peut discuter de ses idées sans pression ni jugement au sein de son équipe. Enfin, bien se préparer à toutes les éventualités. 

CoachHub : Vous avez écrit un livre sous forme de fable, intitulé ‘Game Changers at the Circus: how leaders can unleash Greatness in their organization’, qui aborde les problématiques des managers d’équipes au sein des entreprises. Qu’est-ce que le lecteur va pouvoir trouver dans cette lecture ?
Jean-François Cousin : Ce livre invite le lecteur à se plonger dans son fort intérieur pour y découvrir le leader qui sommeille en lui au fil de la fable d’un cirque où les animaux -au début- ont de nombreux comportements toxiques. On y retrouve par exemple un lion agressif et territorial, une éléphante très protectrice, un aigle rationnel et solitaire… Ces animaux sont là pour représenter des archétypes de profils de managers. L’inspiration est venue de mon analyse du fait que les entreprises ont véritablement besoin de changer leurs modes de leadership pour libérer leur potentiel de création de valeur. Pour atteindre le succès ensemble, les équipes doivent pouvoir compter sur un leadership authentique. Certains comportements nocifs ont des répercussions très préjudiciables à différents niveaux pour l’entreprise. Ce livre veut aider les managers à trouver leur potentiel inné et à le développer pour transformer positivement leur environnement de travail et atteindre de beaux sommets avec leurs équipes. Tout cela en utilisant l’image d’un cirque quelque peu particulier !  

CoachHub : Selon vous, quelles sont les compétences indispensables pour être un bon manager de nos jours ?
Jean-François Cousin : Première qualité : être capable d’aider ses collaborateurs à développer une estime de soi saine au travail. Si les subordonnés ont la croyance qu’ils ne sont pas assez bons, ils vont avoir tendance à manifester des comportements toxiques comme dénigrer l’entreprise, leurs collègues, colporter des rumeurs, ou affronter leur hiérarchie de manière non-constructive… Seconde qualité : développer ses compétences de manager coach. Un manager qui saura adopter une posture de coach aura plus de facilité à bien écouter ses collaborateurs, à tirer le meilleur d’eux-mêmes avec bienveillance et à avoir un management plus orienté vers les solutions. Un manager coach saura également fédérer et motiver ses subordonnés dans la coopération. Enfin, le bon manager doit aussi savoir se montrer humble. Lorsqu’un leader s’autorise à être authentique et humble devant les salariés, il donne la permission à ces derniers d’être authentiques et humbles à leur tour. Les équipiers ont ainsi la possibilité de parler ouvertement, de s’entraider, de s’excuser, d’échouer… C’est un terrain fertile à la collaboration. 

CoachHub : Quels sont les challenges auxquels sont confrontés les coachs débutants de nos jours ?
Jean-François Cousin : Il me semble qu’il y a deux principaux écueils à éviter lorsque l’on commence une carrière de coach. Il s’agit du syndrome de l’imposteur et du manque d’humilité. Premièrement parce que le coach doit rester humble dans sa posture, en accompagnant son client dans son cheminement mais sans chercher à trouver des solutions à sa place. Et ensuite, parce qu’un coach qui souffre d’un syndrome de l’imposteur ne sera pas en mesure d’être pleinement authentique. Pour pouvoir faire du bon travail avec son client, le coach doit agir avec humilité et en accord avec ce qu’il est. Le principe du coaching est de libérer le potentiel de son coaché, d’aller à la rencontre de ses talents, de le challenger, de lui permettre d’avoir les meilleures réflexions, de prendre des décisions et de mener des actions. Le principal acteur est toujours le client. Pour créer une alliance avec le coaché, il faut savoir se montrer tel que l’on est, sans chercher à l’impressionner. L’ICF recommande d’avoir recours au mentorat pour arriver à surmonter ses doutes surtout lorsque l’on débute. J’encourage vivement les coachs débutants -et les plus expérimentés également- à choisir un mentor inspirant qui leur permettra de se révéler en tant que coach dans toute leur authenticité. 

CoachHub : Quel est votre avis sur la tendance du coaching digital ?
Jean-François Cousin : Deux choses me viennent à l’esprit. Un but essentiel du coaching est d’éveiller les individus à l’immensité de leur potentiel. L’ICF en fait d’ailleurs sa mission principale. Pour contribuer à un monde meilleur, nous pensons que chaque personne doit pouvoir avoir accès à un coaching de qualité. La démocratisation du coaching est une formidable idée. Cependant, et cela est mon deuxième point, pour que le coaching soit vraiment efficace, il faut absolument permettre aux coachs d’avoir accès à des formations d’excellence et à se former en permanence. Si les coachs ne sont pas suffisamment formés, s’ils ne sont pas supervisés ou mentorés tout au long de leur carrière, s’ils n’ont pas accès aux meilleurs contenus, les standards de la profession vont se dégrader. Etre coach n’est pas une activité d’amateur. Le métier est soumis à une organisation précise, avec des normes et des critères définis et avec des certifications strictes. Nous souhaitons démocratiser un coaching qui fonctionne. Pour cela, les communautés des coachs, que les start-ups comme CoachHub recrutent, doivent être de première qualité pour pouvoir apporter une vraie valeur ajoutée. Un mauvais coaching peut être préjudiciable, pour l’entreprise, pour le coaché, pour tous, et dessert notre profession. Les entreprises doivent avoir accès à un pool de coachs d’excellence, constitué sur la base de critères de professionnalisme et de performance précis afin que le client puisse bénéficier d’un excellent encadrement en toute confiance. 

Retrouver l’audio de l’interview en anglais :

 

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